Rene Van Acker à l'Université de Guelph

Les universités et l'avenir du leadership agroalimentaire

Une note inspirée d'une conversation avec Rene Van Acker, président et vice-chancelier, Université de Guelph

Les universités peuvent contribuer à la résilience agroalimentaire en combinant la recherche à long terme, l'engagement public, la collaboration interdisciplinaire et l'innovation portée par les étudiants.

Published February 17, 2026

Aperçu

L'agriculture est confrontée à une convergence de pressions à long terme : la volatilité climatique, les perturbations technologiques, les changements démographiques et les attentes croissantes du public en matière de transparence et de résilience. Les universités occupent une position unique dans ce paysage. Leur capacité de recherche, leur perspective à long terme et leur orientation culturelle vers le service public les positionnent comme des partenaires essentiels pour façonner l'avenir du système agroalimentaire.

Cette note présente les principales idées issues d'une discussion avec Rene Van Acker sur la manière dont les universités, les chercheurs, les étudiants et les praticiens peuvent collaborer pour bâtir un secteur plus adaptatif et tourné vers l'avenir.

1. La collaboration comme fondement de la prospective

Les universités ont la rare capacité de penser au-delà des rendements immédiats et des pressions à court terme. Pour les secteurs animés par des exigences pratiques urgentes, comme l'agriculture, cette perspective à long terme est indispensable.

Van Acker souligne que l'engagement collaboratif et concret est déjà ancré dans la culture de l'University of Guelph, façonnée par son héritage agricole et vétérinaire. Les professeurs travaillent en étroite collaboration avec les agriculteurs, l'industrie, les ONG et les communautés, garantissant que la recherche est ancrée dans la pratique.

Idée clé : La collaboration n'est pas facultative. C'est la condition essentielle d'une prospective à long terme. Sans partenariats interinstitutionnels et intersectoriels, la capacité d'anticiper et de se préparer aux défis futurs reste limitée.

2. La vulgarisation et l'engagement public demeurent essentiels

La vulgarisation, désormais souvent appelée mobilisation des connaissances, reste au cœur de la mission universitaire. Bien qu'elle ne soit pas soutenue par des modèles de financement dédiés au Canada, les professeurs continuent de la pratiquer car elle renforce les relations, favorise une compréhension commune et aide à traduire la recherche en pratique.

Les avancées dans les médias et la communication numérique élargissent le champ d'action de la vulgarisation. Les balados, les plateformes sociales, les outils de données et les environnements d'apprentissage à distance réduisent les obstacles et créent de nouveaux espaces d'engagement.

Idée clé : La vulgarisation est un atout culturel, pas seulement un programme. La maintenir et la moderniser exige un engagement institutionnel et un investissement public plus large dans la connectivité, en particulier le haut débit en milieu rural.

3. L'interdisciplinarité et l'entrepreneuriat comme moteurs de l'innovation

L'innovation en agriculture exige de plus en plus l'intégration de technologies et de perspectives qui proviennent de domaines extérieurs aux secteurs agroalimentaires traditionnels. L'entrepreneuriat invite de nouvelles disciplines, l'ingénierie, l'informatique, le design et l'analyse de données, dans le secteur et accélère la pollinisation croisée.

Les étudiants, en particulier, sont les moteurs de ce changement. Leur ouverture aux nouveaux outils et leur volonté de remettre en question les hypothèses en font de puissants agents de changement.

Idée clé : L'interdisciplinarité n'est plus un atout. Elle est désormais une condition préalable pour relever les défis agricoles complexes.

4. Le leadership est la capacité de créer un espace ouvert pour de nouveaux avenirs

Van Acker souligne que le leadership au sein des universités et des institutions doit impliquer plus qu'une simple gestion administrative. Il exige de créer activement de l'espace pour des avenirs qui ne sont pas de simples prolongements du passé.

Pour ce faire, les leaders doivent être prêts à être remis en question, à écouter de nouvelles idées et à traduire l'inspiration en actions institutionnelles concrètes, comme le soutien aux écosystèmes entrepreneuriaux en démarrage ou l'élargissement de l'accès pour les étudiants.

Idée clé : Le leadership est une création d'avenir : la création délibérée des conditions dans lesquelles de nouvelles idées, de nouvelles personnes et de nouvelles collaborations peuvent émerger.

5. Les étudiants comme moteurs de la transformation culturelle et technologique

Malgré les récits de distraction ou de désengagement, les étudiants restent profondément curieux, maîtrisent la technologie et sont motivés par des enjeux pressants, en particulier le changement climatique. Leur énergie, leur impatience et leur volonté d'imaginer des avenirs alternatifs confèrent aux universités une ressource unique.

L'ouverture de plus de places, le soutien aux initiatives étudiantes et l'intégration des étudiants dans la recherche concrète permettent à cet élan de façonner le secteur.

Idée clé : La prochaine génération n'est pas un fardeau à engager, mais un avantage stratégique à cultiver.

6. La volatilité climatique comme défi central de la prospective

Bien que le changement climatique n'ait pas été un thème central de l'événement Agri-Food 2050, Van Acker souligne que les agriculteurs eux-mêmes sont parfaitement conscients de ses impacts. Ils observent directement l'amplitude croissante des phénomènes météorologiques extrêmes, la chaleur, la sécheresse, les inondations et l'imprévisibilité.

Pour l'agriculture, la volatilité, et non pas simplement le réchauffement progressif, est la menace principale. Elle compromet les horizons de planification, perturbe les cycles de production et augmente le risque systémique.

Idée clé : La prospective est incomplète si elle ne tient pas compte de l'imprévisibilité croissante du climat. La planification à l'échelle du secteur doit normaliser la littératie climatique et la réflexion par scénarios à long terme.

7. La nécessité d'une pensée à long terme dans une culture politique à court terme

La politique et les médias modernes mettent l'accent sur l'immédiat, le sensationnel et l'incrémental. L'agriculture ne peut pas fonctionner selon ces échéanciers. La culture de la résilience climatique, la santé des sols, les nouveaux systèmes de production et les nouvelles infrastructures de recherche et de formation nécessitent des décennies.

Des institutions comme l'Agricultural Adaptation Council, et les leaders au sein des universités, peuvent ancrer des conversations à long terme qui résistent aux pressions à court terme.

Idée clé : La prospective est une pratique culturelle. Elle doit être renforcée par des institutions, des partenariats et un dialogue public qui privilégient les décennies aux minutes.

Conclusion

Les universités ont un rôle essentiel à jouer dans l'élaboration de l'avenir agroalimentaire du Canada. Grâce à la collaboration, à la vulgarisation, à l'interdisciplinarité, au leadership et à l'autonomisation des nouvelles générations, elles peuvent contribuer à bâtir un secteur capable de naviguer dans la volatilité tout en favorisant la résilience, l'innovation et la valeur publique.

Le système agroalimentaire a besoin non seulement de nouvelles technologies, mais aussi de nouvelles façons de penser, et les universités, à leur meilleur, sont particulièrement bien équipées pour cultiver les deux.